Bretagne : une semaine en Presqu’île de Crozon.

Chère Presqu’île. Nous t’avons découvert au hasard de nos recherches sur internet, cherchant désespérément une location disponible pour nous enfuir une semaine. Comme un défi lancé : « tiens, cet hiver nous irons en Bretagne ! ». A l’heure où, d’ordinaire, nous prenions de la hauteur et rejoignions les sommets enneigés des Alpes, nous avons décidé de prendre le large & de venir à ta rencontre.

Pour ce premier jour, on décide de s’éloigner de la presqu’île afin de pouvoir ensuite la découvrir pleinement, (presque) coupés du continent durant le reste de la semaine. On prend la route direction la Pointe du Raz, située à une heure trente environ de Crozon. Le ciel est bleu, saturé. Un coup d’œil au rétroviseur nous indique que la mer s’éloigne peu à peu, les forêts de pins maritimes laissant place aux prairies & pâturages. Les mouettes sont toujours présentes, fendant le ciel à vive allure, leurs petites pâtes grêles repliées dans le vent.

Enfoncés dans nos sièges, on regarde défiler les paysages sur fond sonore de musique acoustique, le vent cognant contre l’habitacle de la voiture. On surplombe désormais la baie de Douardenez. La mer d’Iroise laisse parfois apparaître ses eaux argentées au détour d’un virage.

Avant de rejoindre les confins du Cap Sizun, nous dérivons vers la Pointe du Van, autre lieu emblématique de la région. Nous empruntons le sentier qui épouse les courbes des falaises déchirées, jusqu’à rejoindre la Pointe couverte de mousse et de bruyère. Les flots calmes sont apaisants et invitent à la contemplation de la Baie des Trépassés, fermée au sud par la pointe du Raz. Les mouettes et goélands se prélassent sur leurs ilots de roche, certains s’envolent en gloussant et planent au ras des vagues à la recherche de poisson frais.

Sous le soleil, la mer dévoile ses nombreuses nuances de bleu. Nous vous conseillons cette randonnée, qui permet de rejoindre la Pointe du Raz à pied si vous vous sentez l’âme vagabonde. Contrairement à la pointe du Raz et son sentier goudronné, la pointe du Van a gardé son authenticité et vous pourrez ainsi, en allant d’une pointe à une autre, admirer la beauté sauvage de cet endroit.

Nous rejoignons enfin la Pointe du Raz, long bras de granit qui s’étire vers la mer. Un détroit de 8 km la sépare de l’île de Sein.

Les aménagements présents laissent imaginer le déferlement touristique à la pleine saison. Contrairement à ce que nous verrons le reste de la semaine à Crozon, ici les parkings sont aménagés et payants (d’avril à octobre). Avant d’atteindre le sentier goudronné qui conduit jusque la pointe, il est possible de se restaurer dans les cafés-brasseries ou d’acheter un souvenir dans les petits boutiques.

En venant ici, j’avais en tête une photographie qui a longtemps été accrochée chez mes parents. Je ne sais pas s’il s’agissait de cette pointe, mais je me souviens de ce phare solitaire étouffé par les flots déchainés. Je me souviens de ces vagues qui écumaient de rage, de ce vent qui hurlait et ébranlait les parois lisses du phare, je pouvais entendre le fracas que les éléments produisaient de concert. Je confesse que c’est cette scène que l’on venait chercher, même s’il est évident que cela ne pouvait être le cas. Alors peut-être est-ce dû à ce temps rayonnant, ou à la main de l’homme présente ici pour préserver ce qui a été détruit par des années de tourisme de masse, mais nous ne gardons pas un souvenir intarissable de la pointe du Raz. Ce sentiment est très subjectif car l’endroit reste à la hauteur de sa renommée. Mais nous sommes repartis avec une pointe de frustration, bien décidés à rejoindre notre presqu’île et à en explorer chaque recoin.

Le lendemain, la légère brise de la veille s’est muée en tempête. Le ciel azur a laissé place à une masse de brume épaisse et cotonneuse. Nous grimpons dans la voiture et prenons la route direction la Pointe de Dinan, impatients de découvrir les paysages qui marqueront notre semaine.

Nous parvenons rapidement au parking caillouteux. Nous sautons de l’habitacle et empruntons presque en courant le sentier qui monte jusqu’à parvenir au sommet de la falaise, surplombant la mer agitée. Nous continuons sur quelques centaines de mètres, nous approchant toujours plus proche du vide, jusqu’à parvenir à la Pointe et son château. Telle une forteresse, elle est encerclée par les flots déchainés, simplement reliée à la presqu’île par une arche de pierre. Autour de nous, le vent salé fouette la terre, le sable et les crêtes des vagues qui se rident sous son passage. Derrière le hurlement du vent, la mer d’Iroise murmure l’histoire des marins disparus et de la vie cachée au creux de ses flots.

L’endroit est quasiment désert, seuls une famille et quelques amoureux se baladent le long du chemin qui entoure la pointe. La forteresse est vide, mais cette arche nous appelle. Nous continuons le long du sentier et parvenons au bord de la falaise. Nous comprenons rapidement que pour parvenir à l’arche, point de sentier tracé d’où nous nous trouvons, mais la roche en forme d’escalier facilite la descente. En contrebas, une nouvelle cicatrice débute et s’engouffre jusque l’arche.

Nous la suivons et parvenons aux portes de la forteresse. Portés par la curiosité, nous avançons le premier pied, puis le second. Nos yeux cherchent à éviter les flots qui se déchainent sous nos pas, tandis que le vent nous repousse. Une mouette nous frôle en riant. L’arche n’est pas large mais son passage ne constitue pas un danger. Toutefois, l’endroit étant très exposé aux vents, les bourrasques accentuent la sensation de vertige.

Nous parvenons de l’autre côté de l’arche, et nous sentons tels deux explorateurs. La roche est couverte de mousse et d’herbe, toutes deux jaunies par les embruns salés. Nous avançons au bout de la forteresse, et profitons de la vue panoramique offerte sur la mer d’Iroise et la Presqu’île. Face à nous s’élève Pen-hir & ses tas de pois prisonniers de la houle. A notre gauche s’étire le cap de la chèvre et la célèbre plage de la Palue, spot de surf jalousement préservé.

Nous regardons le paysage alentour, bercés par le claquement sourd des brisants. Le ciel brumeux reflète le gris plombé de la mer. Nous pouvons sentir le sel qui imprègne l’air et pénètre jusque sous nos épaisses couches de vêtements. Le vent en provenance de la mer gémit et se rue vers le cap, fouettant la face grêlée des falaises de grès. Autour de nous les oiseaux émergent de l’océan, leurs ailes repliées dans la bourrasque, et nous contournent en gloussant.

Ainsi soumis à la morsure du vent glacial, nous décidons rapidement de regagner la voiture. Nous aurons découvert Dinan sous une journée baignée d’une lumière grise, et c’était tout ce que nous souhaitions. Nous attendons encore beaucoup de la presqu’île, mais nous voilà déjà conquis par sa beauté brute, sauvage, presque nue.

Le troisième jour, une brume épaisse colle au paysage et masque les trésors des rivages. Cap, falaises, rochers ou encore fort abandonné se jouent de nous et resteront masqués derrière leur masque de brume. Nous avons traversé l’île de long en large, à la recherche d’un endroit plus dégagé : cap de la chèvre, Pen-hir ou encore fort Queyras, tous restaient invisibles pour nos yeux. L’île devenue fantôme nous a montré qu’elle n’était pas domptable et que sa beauté méritait que l’on patiente.

Le lendemain le temps semble plus clément, nous décidons de prendre la route pour avancer timidement jusque la pointe de Pen-Hir. La voiture file sur la route et traverse la presqu’île. Celle-ci compte peu de routes, quelques départementales constituent les artères principales, et de petites cicatrices permettent d’accéder aux différentes pointes. Nous empruntons l’une d’entre elles et nous enfonçons à travers les landes sauvages et silencieuses jusqu’à parvenir au parking.

Le parking, la veille asphyxié par la brume, est aujourd’hui dégagé. Au loin se dessine la pointe de Pen-Hir & ses tas de pois.

Nous rejoignons le bord des falaises et avançons à tâtons sur la roche érodée. Nous distinguons désormais les tas de pois. Pen Glas, Ar Forc’h, Bern Id, nous gravons en mémoire chacun de leurs détails. Autour de nous les vagues nous encerclent. Indifférentes à notre contemplation, elles poursuivent leur course, venant se briser contre la roche dorée. Nous les écoutons, se laissant bercer par leur rythme.

Nous longeons la courbe des falaises sur quelques centaines de mètres et nous arrêtons finalement, le souffle coupé. Face à nous, Pen-hir étire ses griffes et gagne du terrain sur la mer déchainée. L’alignement de falaises écorchées est fascinant. La roche semble sculptée à vif, quadrillée avec précision par une main divine. Le ciel cotonneux contraste avec les nuances sombres et mordorées des falaises.

En face de nous s’étire la pointe du Tourlinguet, que nous comptons découvrir avant notre départ. Près de nous, le rocher du Lion sort péniblement la tête des eaux.

Nous reviendrons le lendemain soir aux golden hours. La brume moins épaisse de la journée laisse filtrer les rayons obliques du soleil. A notre arrivée, le ciel s’est déjà paré d’ocre. La mer reflète la lumière vaporeuse de cette fin de journée. Nous regardons le paysage qui nous paraît nouveau et en même temps déjà familier. Pourquoi avons-nous attendu si longtemps pour venir dans ce bout de France ? Nous envions la presqu’île et sa beauté encore si sauvage, si préservée. Contrairement à notre région natale, les digues n’ont pas été bétonnées et la beauté des falaises n’est pas balafrée par les constructions froides liées au tourisme.

Au loin le soleil a presque rejoint la mer d’Iroise. Il dépose sur l’eau des paillettes d’or et couvre le ciel d’un voile bleuté. L’air est imprégné de sel et d’humidité.

Sourire aux lèvres, nous fermons les yeux face à la brise mordante. Le paysage respire la vie, et nous aussi. Nulle contrainte horaire, point de pression à établir des projets de vie, le bonheur ici se laisse savourer pleinement, sans parenthèses.

La seconde partie de cette semaine se prépare doucement. N’hésitez pas à nous laisser un petit mot, c’est toujours un plaisir de vous lire 🙂

9 petits mots

  1. Je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir la belle Bretagne mais tes photos me font rêver. J’adore l’ambiance sauvage et poétique qui s’en dégage.

    • Carnet de printemps Répondre

      Sans aucun doute la Bretagne te plairait ! C’est une vraie claque de la découvrir, de se rendre compte que ces merveilles sont à portée de quelques heures seulement de route 🙂
      Merci pour ton petit mot, c’est toujours un plaisir de te lire par ici ♡

    • Carnet de printemps Répondre

      C’est encore mieux avec l’automne bien glagla non ? Plus personne sur les plages 😉
      Merci pour ton gentil mot ♡

  2. « Derrière le hurlement du vent, la mer d’Iroise murmure l’histoire des marins disparus et de la vie cachée au creux de ses flots. » Tout est tellement bien écrit, décrit !
    Bravo pour ce bel article, textes et images nous permettent de ressentir la beauté brute et sauvage de ce bout de Bretagne, merci, c’est parfait pour débuter la semaine avec de jolies rêves plein la tête !
    Et comme il est beau ce portrait de vous deux, la plénitude se lit sur vos visages !

    • Carnet de printemps Répondre

      Merci pour ton gentil commentaire Lilice ♡ J’ai mis beaucoup de cœur dans ce texte, et on avait pris beaucoup de plaisir également en février dernier à shooter, shooter et shooter encore ces falaises déchirées. La pile de photos à trier était impressionnante ! On revient vite avec la suite 🙂

  3. Tes articles sont d’une telle poésie… aussi bien dans tes mots qu’à travers vos clichés si doux !
    Ça donne envie de se glisser dans votre valise et de vivre ces vacances au ralenti, pour en profiter encore et encore…
    Merci pour cette jolie escapade de bon matin <3

    • Carnet de printemps Répondre

      Merciii beaucoup beaucoup pour ces gentils mots si agréables à lire ♡ Je t’avoue que nous aussi on bouclerait bien la valise pour y retourner !
      Mais toi le départ est pour bientôt ! J’peux me glisser dans ta valise dis? 🙂

  4. J’ai senti les embruns, j’ai entendu le grondement des vagues, je me suis laissée porter sur les ailes des goélands…
    J’ai personnellement découvert une autre Bretagne cet été, plus soft, plus riante, dans les Côtes d’Armor, car celle que tu décris si bien, je la connaissais déjà, et j’en conserve des souvenirs éblouis.
    Belle semaine,
    Dominique

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