Le lac Sainte-Anne au petit jour

Il est 5h30 ce matin-là quand le réveil sonne. Le soleil ne se lève pas avant une heure. Les rues sommeillent encore dans la brume et la rosée nocturne. Nous avons un peu de temps devant nous avant de prendre la route direction Ceillac. Nous sommes restés frustrés de notre dernière rando au lac Sainte Anne, et nous voulons retrouver ce reflet au petit-quelque-chose de magique qui rend cet endroit si beau, lorsque les dents striées de la Font Sancte se reflètent dans les eaux du lac. On avale rapidement notre petit dej’ et nous embarquons dans la voiture, nos sacs préparés la veille sur le dos.

Nous avons l’impression de revivre notre première rando : une pointe d’excitation à l’idée de ce que l’on va découvrir & l’envie d’être déjà là-haut, tout de suite.

La route sinueuse, telle une cicatrice traversant les gorges du Guil, nous paraît ce matin-là interminable. Nous tournons au carrefour, direction Ceillac. Quelques derniers lacés nous séparent désormais du Fond de Chaurionde, aux airs de bout du monde.

Nous nous garons sur le parking, désert.

Par habitude, nous balayons du regard les versants alentour. Et la surprise ce matin-là est intense. Nous nous retrouvons comme des gosses, des dizaines de cervidés à portée de vue dans les hauteurs. Nous photographions les plus proches, riant d’être si rapidement démasqués par ces petites familles.

Nous empruntons le chemin de randonnée direction le lac Sainte-Anne, presque à contrecœur, mais avec l’espoir au fond de nous que cette rencontre lointaine ne sera pas la dernière.

Depuis 2014, la chenille « tordeuse grise du mélèze » a pris d’assaut les mélèzes de la région. Il s’agit d’un cycle naturel qui se produit tous les 7 à 10 ans. Ces géants à aiguille brunissent, comme s’ils étaient figés en automne. Les chemins de rando sont alors tissés de longs fils de soie, que l’on a particulièrement rencontrés ce matin-là car nous étions les premiers à emprunter ce sentier.

Nous poursuivons notre route et nous nous enfonçons dans la brume, les yeux rivés sur les versants davantage que sur le chemin.

Nous l’apercevons au loin sur l’autre versant. Il est seul, probablement venu rejoindre le torrent pour s’abreuver. Quelques centaines de mètres nous séparent de lui et nous chérissons l’idée que, peut-être, il ne se sera pas enfui à notre approche.

Nous continuons d’avancer, pressant le pas instinctivement. Nous traversons le petit pont qui enjambe le torrent, puis nous remontons encore à travers le sentier.

Nous sommes désormais à quelques mètres de lui. Pour approcher, il faut désormais quitter le sentier et s’enfoncer dans les herbes hautes, mouillées par la rosée. Benjamin me regarde, les yeux souriants, m’indiquant d’avancer. Il restera en bas.

J’inspire et j’avance. Je sais qu’il m’a vu approcher. Il feint d’abord de m’ignorer, puis finalement me regarde, intrigué. Plus bas, le torrent continue de chanter. Je n’entends que l’écho de ma respiration et de mon cœur qui tambourine dans ma poitrine.

Il me laisse approcher, continuant de manger. Je prends des dizaines de clichés, regardant à peine dans le viseur de l’appareil photo afin de mémoriser de mes propres yeux l’ensemble de ses traits. Me voilà à quelques pas de lui. Il me regarde et recule d’un pas, signe que j’atteins ici la limite. Je ne bouge plus et reste là, fascinée, aussi longtemps qu’il me l’accorde. Un œil à Benjamin m’indique qu’il est tout aussi admiratif, malgré la distance.

Nous poursuivons notre chemin dans la brume. Nous reconnaissons à peine le sentier emprunté quelques jours plus tôt.

Le silence règne autour de nous. Le cœur encore animé par cette rencontre inattendue, nous chuchotons chacun de nos mots pour conserver la magie de cette nature généreuse & encore endormie.

Le lac n’est plus très loin, il est bientôt 8h mais le soleil ne parvient pas à percer cette masse de nuages. Nous avançons, comme poursuivis par la pluie.

Celle-ci finira par nous rattraper à notre arrivée là-haut. La brume est épaisse, glaciale et piquante. Nous nous abritons sous la chapelle, tentant de nous réchauffer sous notre couverture.

Le lac est encore endormi, protégé par un manteau de brume. Nous entendons au loin le cheptel de moutons. Quelques pierres se détachent de la Font Sancte, roulent le long de son dos, provoquant un bruit semblable au tonnerre. Bercés par ces bruits qui résonnent en écho, nous imaginons le paysage caché que l’on connaît bien. Le lac a un nouveau visage aujourd’hui, enveloppé par cette brume qui le rend bien mystérieux. Ses eaux sont plus claires, opaques, sans aucun reflet.

Les nuages portés par le vent défilent sous nos yeux et glissent le long des vallonnements brisés des montagnes. Les rayons du soleil parviennent à toucher le sol, perçant de manière oblique le ciel cotonneux. La brume se lève, dévoilant enfin la Font Sancte. Nous imaginons la surprise que cela aurait pu être, si nous ne connaissions pas cet endroit, de découvrir subitement que derrière cet épais brouillard se cachaient ces sommets imposants.

Voilà près de deux heures que nous sommes ici, à contempler la brume qui glisse, le cheptel qui se rapproche et nous contourne, le soleil qui se lève enfin, et ce reflet sur le lac aujourd’hui encore dissipé par le vent. Les premiers randonneurs arrivent. Nous décidons de poursuivre notre route jusqu’au lac Miroir. Nos muscles, endormis par le froid, peinent à nous porter.

L’arrivée au lac Miroir contraste avec la découverte du lac Sainte Anne. Alors que ce dernier se situe au creux d’un paysage minéral, composé uniquement de roches, le Lac Miroir quant à lui est niché au pied d’une forêt de Mélèzes. Les effets de la chenille tordeuse grise sont ici très visibles. Les mélèzes ont perdu leur éclat & se parent de teintes brunes et orangées.

Point de miroir aujourd’hui. La brise, qui est parvenue à se frayer un chemin parmi arbres et montagnes, glisse sur le lac et dissipe son reflet.

Cette parenthèse à Ceillac se terminera par le retour jusqu’au fond de Chaurionde, les yeux remplis de belles images. D’autres petites aventures nous attendent encore dans cette belle région, d’autres paysages & d’autres rencontres que nous aurons plaisir à partager avec vous.

25 petits mots

    • Carnet de printemps Répondre

      Merci beaucoup Cyrielle pour ton adorable petit mot ♡

  1. Le coeur réjouit devant ces mots et ces photos qui parlent si bien de ce bout de France ♡
    Les balades sont toujours magiques chez/avec vous ! bisous mes ptits 😉

    • (et puis cette photo de Benjamin devant le lac bleu tout brumeux est par-faite ♡♡♡)

    • Carnet de printemps Répondre

      Roh c’est beaucoup trop chou, merci Alice ♡

    • Carnet de printemps Répondre

      C’est bien vrai ça ! Merci Mélanie 🙂

  2. J’en ai le souffle coupé.. Félicitations pour ces magnifiques photos qui rendent si bien compte de cette aventure.
    J’ai comme une envie d’enfiler mon sac à dos et de prendre le large, maintenant..

    • Carnet de printemps Répondre

      Oh c’est gentil Camille, merci pour ton petit mot ♡

  3. Splendide,
    Depuis que j’ai découvert votre blog, je ne me lasse pas de plonger dans ces paysages tout droit sorties d’un tableau romantique frôlant le sublime si cher à Edmund Burke
    J’adore!

    • Carnet de printemps Répondre

      Roh que c’est gentil, merciii ! ♡ On espère que nos prochaines petites escapades te plairont tout autant 🙂

  4. C’est beau, c’est doux et surtout, si reposant ! ♡ Et puis quelle chance d’avoir pu approcher de si près cette jolie bêbête 🙂
    C’est un coin qu’il faudra que j’aille explorer à mon tour, vous m’avez tellement donné envie !

    • Carnet de printemps Répondre

      Merci copinette ♡ C’est sûr que ce joli coin de France te plairait, tout y est beau, beau beau !

    • Carnet de printemps Répondre

      Et ton joli commentaire ♡ Merci Amélie 🙂

  5. J’adore toujours me promener avec vous par procuration ahaha et cette belle randonnée a l’air d’avoir une saveur toute particulière. Je rencontre aussi souvent des biches, parfois avec leur famille, lors de randonnées ou de camping sauvage, mais je n’ai jamais pu en approcher de si près et encore moins les photographier! J’adore les tiennes on sent vraiment la curiosité, la complicité et l’admiration que tu as pour cette petite beauté 🙂 ce genre de moment est juste magique!

    • Carnet de printemps Répondre

      Cela ne m’étonne pas que tu en aies déjà croisées beaucoup, toi l’aventurière ! 🙂 C’était si inattendu, nous voulions simplement retrouver le reflet des montagnes dans le lac et puis voilà qui l’on croise. C’est bête d’avoir le sentiment d’une petite « connexion/complicité » avec un animal sauvage, mais c’est un peu le sentiment que l’on a eu à ce moment 🙂
      Merci beaucoup pour ton mot ♡

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